Cour de récré : Quand les leçons de choses prennent vie (et goût).
Oubliez les tableaux noirs, les cahiers de brouillon et le bruit strident de la craie. À l’école Albert-Toussaint, le nouvel outil pédagogique à la mode se cache sous les feuilles de menthe, entre deux tomates cerises et un piment bien rouge. Bienvenue dans leur "jardin des sens", un laboratoire à ciel ouvert qui prouve que l'on peut apprendre la vie tout en ayant les mains dans la terre.
L'école buissonnière (mais studieuse)
Dans cette cour d'école d'ordinaire dédiée aux ballons et aux marelles, la nature a repris ses droits. Mais attention, ici, chaque plante a une mission. Ce projet un peu fou est né dans l'esprit de Sandra Siri, enseignante du dispositif ULIS. Son idée ? Transformer la récréation en une expérience sensorielle et transversale.
« Tout se mange », sourit l'enseignante. « Nous avons pu travailler les cinq sens, mais aussi de nombreuses autres matières, jusqu’à leur utilisation en cuisine. »
Ici, les maths se mesurent en centimètres de croissance pour les haricots d'Espagne, le français se conjugue sur des panneaux explicatifs, et les sciences s'observent en direct sur un hôtel à insectes XXL imaginé par les CE1. Un joyeux bazar organisé où l'on apprend à observer, toucher, sentir et — privilège suprême — goûter le fruit de son travail.
Une affaire de famille et de transmission
Pour passer du rêve à la réalité, il a fallu un sacré coup de pouce. Et c'est là que l'histoire devient encore plus belle. L'huile de coude derrière les bacs en bois, l'hôtel à insectes et les structures pédagogiques ? C'est celle de Serge Siri. Ancien directeur de l'établissement et inspecteur de l'Éducation nationale à la retraite, il a troqué ses stylos rouges pour une boîte à outils, mettant ses talents de menuisier bénévoles au service des enfants.
Un investissement collectif de longue haleine, de janvier à juin, salué par l'actuel directeur, Julien Giorgetti. L'ancien potager en damier a ainsi laissé place à un jardin en carrés flambant neuf, pensé pour le confort des petits horticulteurs en herbe (surtout au moment de corvée de désherbage !).
Le verdict
Plus qu'un simple verdissement de cour de récréation, Albert-Toussaint s'offre un véritable projet de vie. En reconnectant les élèves à la terre, l'école ne fait pas que leur apprendre à lire ou à compter : elle sème les graines d'une conscience écologique indispensable. Et vu le sourire des enfants face à leurs premières fraises, la récolte s'annonce excellente.
Jacquet Julien.

Photo Jean-François Ninin.